Voyage en Guyane, terre de richesses et d’aventures !

Solidarité et partage entre notre CMCAS et la CMCAS Guyane, retour sur ce voyage au paradis de l’écotourisme, au nord-est de l’Amérique du Sud, entre le Suriname et le Brésil.

Après 9h00 de vol depuis Paris, notre avion approche la côte Guyanaise à basse altitude. On y distingue nettement les eaux brunes du contre-courant de l’Amazone, qui, tout en remontant vers l’Orénoque viennent envaser les côtes du département.

Avant l’atterrissage, on survole le tapis vert de sa forêt amazonienne courant jusqu’à l’horizon (8 millions d’hectares) sur 90% du territoire, où la Guyane y réserve ses charmes et ses mystères. Parcourue en tous sens par de nombreux fleuves et rivières, cette destination offre au fil de l’eau une aventure douce accessible à tous les passionnés de nature et de rencontres authentiques et ainsi partager la culture et le mode de vie des peuples du fleuve – ethnies amérindiennes ou bushinengé .

On descend à Rochambeau devenu officiellement l’aéroport international Félix Eboué depuis le 4 janvier 2012 pour arriver à Cayenne. Ce nom serait issu d’une expression utilisée par les marins du XVIIème siècle : « poser la caïenne ». La caïenne était un réchaud adapté aux tempêtes en mer que le capitaine faisait descendre pour que l’équipage oublie les fortunes de mer épuisantes et puisse prendre du repos. En poussant plus loin vers Montabo zone de plages notre destination, nous attend la Maison Familiale de la CMCAS Guyane ; avec l’accueil chaleureux de Vanessa, Momo, Fabrice le responsable de l’institution et Roland le Président des Activités Sociales de Guyane.

Accueillis par nos collègues bénéficiaires bénévoles, mais aussi par le carnaval de Guyane ; certainement la plus longue fête du pays. C’est le carnaval le plus long du monde – de janvier à mars –   avec ses festivités qui enfièvrent la capitale guyanaise dont les rues se peuplent de Touloulous, reines d’un soir.

Ce sont les Européens qui apportent la coutume. Ils fêtaient le carnaval dans la colonie, mais les esclaves n’avaient pas le droit d’y participer, alors, ils se déguisaient pour qu’on ne puisse pas les reconnaître. Pas un centimètre de peau ne devait apparaitre, on ne savait pas si c’était une captive ou une maîtresse. C’était les seules fois ou maître et esclaves pouvaient dans le secret du déguisement communier l’espace d’une soirée.

Cette tradition est restée et elle est unique au monde, ce sont ces Touloulous. Toutes les couleurs possibles sont déclinées dans une imagination extraordinaire.  Ailleurs, dans d’autres pays du monde, les femmes sont masquées, bien malgré elles, et c’est une véritable prison. Ce qui amuse ici, ce sont celles qui choisissent de se masquer pour avoir la liberté d’inviter l’homme avec lequel, elle veut danser…Et il ne peut pas refuser.

Le carnaval de rue est sous l’autorité d’un roi qui est élu chaque année au début « Vaval » et qui meurt brûlé le jour du mercredi des Cendres.

Les parades de rues, où circulent des groupes déguisés au milieu des chars, se déroulent les dimanches après-midi à Cayenne, Kourou et Saint Laurent. Lieux incontournables avec le Maroni et l’Oyapock ; fleuves majestueux à la frontière pour l’un du Surinam et pour l’autre du Brésil.

Il ne faut pas oublier le carnaval des familles qui, tradition oblige, vont manger la galette tous les dimanches pendant le carnaval…Et le roi du premier jour doit payer la galette du dimanche suivant et ainsi de suite. Ce sont des galettes dans lesquelles, un bagnard chercheur d’or chanceux glissait des pépites d’or en guise de fèves.

Là aussi, tradition typiquement guyanaise qui perdure mais plus discrètement dans certaines familles.

Les journées au fil du courant égrènent ainsi leur lot d’émotions, d’images fortes et d’immensité silencieuse. Outre les fleuves, la Guyane possède aussi de quoi surprendre avec ses nombreuses réserves naturelles.

Ainsi au sud-est de Cayenne, les marais de Kaw s’étalent sur près de 100 000 hectares.  Ce paradis d’herbe et d’eau que traverse la rivière de Kaw, sur fond de montagne, est le royaume de 3 espèces de caïmans et de nombreux oiseaux : grande aigrette, héron cocoï, jacana noir, hoazin huppé…

Par la nationale N°2, nous rejoignons ces marais. 50 km d’une route peu fréquentée dans une nature préservée, qui s’infiltre parmi les collines boisées.

Au bout, on embarque sur une pirogue.  Nous sommes dans une volière ouverte puis au fil de la navigation le paysage se métamorphose.

Des dizaines de zébus sont enfouis  jusqu’au poitrail. Régulièrement on aperçoit des remous provoqués par un caïman. Une heure plus tard nous atteignons un vaste Lodge flottant à étages. Après le « diner sur l’eau » raffiné, l’adrénaline est au rendez-vous avec la sortie nocturne en pirogue à la lumière de la lampe frontale pour surprendre les caïmans noirs qui sont trahis par leurs yeux rouges.

Après une nuit sans moustique puisque pas présent sur le marais, retour vers notre débarcadère.

La Guyane offre vraiment un passionnant champ d’observation de la nature en compagnie d’excellents spécialistes de la faune et de la flore.  

Plus tard cette même nationale N°2 nous conduira à Saint-Georges de l’Oyapock pour une incursion en pirogue  d’une nuit au Brésil ; à Oiapoqué, pour le plaisir d’y découvrir une ambiance sociétale bien différente où, artisans, pêcheurs et orpailleurs se retrouvent au carrefour économique de l’Amapa.

Mais d’abord, bifurquons à droite pour un dimanche à Cacao.  En 1977, le bourg faisait une première dans l’histoire de la Guyane : une communauté Hmong venait de s’y installer. Il faut dire qu’à l’époque le département manquait cruellement de légumes frais. Rapidement ces légumes colorent les étals des principaux marchés. Le dimanche matin, Cacao devint le rendez-vous du Tout-Cayenne. L’histoire a montré que l’intégration à la Guyane de ces originaires du Laos réfugiés ne fut pas exempte de problèmes. Ces derniers s’accrochaient à leurs coutumes. Alors il a fallu composer et aujourd’hui tout est dans l’ordre établi et le taux de réussite scolaire des jeunes est élevé.

Enfin, la Guyane c’est l’histoire, le souvenir d’un bagne dont les vestiges classés se visitent à Saint-Laurent avec le camp de la transportation où quelques 90000 bagnards y seront passés dont ‘Papillon’. D’abord les « transportés », des « durs » issus des cours d’assises ; ensuite les « relégués » ou « pieds-de-biche », des multirécidivistes. Les « concessionnaires » et les « assignés » méprisés par les durs étaient des transportés qui trouvaient du travail en dehors des camps. Enfin, les « libérés » devaient assurer leur doublage en Guyane. Souvent, ils tentaient de s’évader vers le Venezuela, qui ne les renvoyait pas. Parfois ils devenaient des clochards. Histoire, souvenir, avec aussi les Iles du Salut, archipel historique à 14 km au large de Kourou pour lequel nous embarquons sur un catamaran. Archipel qui, historiquement avait permis de sauver les colons fuyant le virus « de la fièvre jaune » qui décimait les peuples venus d’occident. Notre catamaran accoste sur le ponton de l’Ile Royale.

C’est la plus grande des trois iles qui comportait de nombreux bâtiments : une chapelle, un hôpital, le quartier des habitations des gardiens, les dortoirs des prisonniers, le quartier des cachots, et les bâtiments de l’administration.

Nous poursuivons notre tour de l’ile, dans les arbres, des singes facétieux font l’effort de nous faire rire. Nous rembarquons pour rejoindre cette fois l’ile Saint-Joseph. Sitôt débarqués, nous montons un long escalier majestueux, pour atteindre les bâtiments du camp de la réclusion…Ce camp, le plus redouté du bagne fit dire à Albert Londres : « Dans ce lieu, on est plus effaré par le châtiment que par le crime ». Nous regagnons la mer du côté de l’ile du Diable aujourd’hui interdite mais on peut y voir très bien la prison de Dreyfus dégagée à souhait.  Aujourd’hui les îles du Salut sont devenues lieu de mémoire touristique.

Retour sur le continent pour évoquer la conquête spatiale en visitant le Centre Spatial Guyanais. Kourou, est une forte présence militaire, sur la nationale N°1 où nous traversons le fleuve du même nom. Du haut du pont on peut voir le port logistique du centre spatial. Kourou est une ville cosmopolite. Brésiliens, Surinamiens, Haïtiens, Chinois, Libanais, Colombiens, Italiens et beaucoup de métropolitains s’y côtoient. Les enfants de cette population sont confrontés à un « vivre ensemble » souvent difficile. A ceci, ajoutons, des trafics de drogue. Kourou atteint le plus fort taux de criminalité de la Guyane. Il y a le long du fleuve plusieurs villages de Noirs Marrons qui regroupent trois ethnies différentes avec chacune un capitaine : les Saramacas sont les plus nombreux, auxquels on ajoute les Bonis et les D’jukas… comme tous les peuples de Guyane, ils s’accrochent à leurs identités, leurs traditions, leur artisanat et leurs rites funéraires…

Le CSG est à l’origine de la Guyane moderne et d’un fantastique développement  du département que l’on peut constater depuis presque 50 ans.

Une fantastique revanche pour cette ville de Kourou qui fut le lieu de la plus grande tragédie de colonisation. Sous la conduite du CNES qui occupe 95000 hectares de savane, le CSG s’installe sur 700 km² proche de l’équateur (5,3°de latitude Nord).

Avec le CSG, la Guyane effaçait une image négative, celle des échecs de la colonisation, celle de « mangeuses d’hommes », celle de « terre de bagne » et devenait terre d’avenir, de richesses tout en restant une terre d’aventures qu’elle soit spatiales ou terrestres…..

….. Parc amazonien et territoires d’exception certes, mais, rappelons-nous que pour les conserver et les défendre, le 20 mars 2017 jusqu’à fin avril, les habitants de toute la Guyane se réunissent spontanément d’abord, puis encadrés par des collectifs qui se forment dans toutes les grandes villes. Une sorte de ras-le-bol de l’insécurité qui règne dans tout le département, principalement à Cayenne, mais aussi pour le manque d’infrastructures de santé, d’infrastructures économiques comme l’EDF… Toutes les catégories sociales sont concernées, y compris les amérindiens qui dénoncent l’orpaillage clandestin sur leurs terres et met leur vie en danger. La Guyane tout entière a poussé un grand « coup de gueule ».  

Aujourd’hui en 2019 ; c’est l’autre histoire engagée d’une mine d’or en Guyane devenu un dossier controversé qui repose sur la table du Ministre de l’environnement… !  La Montagne d’or, ce projet de mine d’or à ciel ouvert mené par le groupe russe Nord Gold, associé au Canadien Columbus Gold, suscite crispations, manifestations, oppositions et dénonciations. Il s’agit de l’exploitation via un procédé de récupération de l’or par cyanuration en circuit fermé d’une mine aurifère d’une superficie de 8 km², à partir de 2022 pour l’extraction de 80 tonnes d’or, au sud de Saint-Laurent-du-Maroni, en forêt tropicale. Du cyanure qui fait peur…, un projet qui s’avance pour beaucoup comme un « scandale » économique, et une catastrophe écologique et environnementale annoncée. Au moins 127 espèces animales et végétales protégées sont recensées sur le site. L’extraction de l’or durerait 12 ans, dans cette gigantesque mine à ciel ouvert et peut-être plus aux alentours. Est-ce véritablement un non-sens économique, doublé d’un écocide ? Que peut-on en attendre de positif pour cette partie du territoire français touchée par le chômage ? Que doit-on redouter sur le plan environnemental et pour les populations locales ? Les populations autochtones sur ce projet gigantesque, disent qu’ils ne lâcheront rien.

La société Guyanaise, composée de plus de 20 ethnies, est multiculturelle et riche en savoirs traditionnels. Outre leurs langues, les communautés amérindiennes, Bushinengués d’origine africaine, Créoles… ont en particulier su conserver des savoir-faire, des valeurs culturelles et des connaissances dans le domaine agricole, des plantes et de la faune : un mode de vie respectueux de l’environnement, à l’opposé des projets miniers titanesques comme celui de la Montagne d’Or. De plus, de nombreuses populations amérindiennes consomment traditionnellement beaucoup de poissons, et subissent encore aujourd’hui les effets de la contamination au mercure, utilisé pour l’orpaillage clandestin.

Montagne d’Or a tout d’un Notre-Dame-des-Landes outre-mer. La Guyane, Parc amazonien est le plus vaste Parc national de France et de l’union Européenne. Il comporte un patrimoine naturel d’une qualité exceptionnelle ainsi qu’une richesse, une diversité et une originalité culturelles qui positionnent ces territoires d’Amazonie comme des espaces de découverte d’exception.

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